Silence, ca tourne !

Le 29 décembre 1956, une première a lieu au stade Auguste Delaune, en effet, la télé française retransmet pour la première fois en direct un match du championnat de France de football, il oppose le Stade de Reims (3ème) au FC Metz (18ème et lanterne rouge).

En raison de leurs qualités et intérêts sportifs, mais également parce qu’ils ne concurrencent pas d’autres matchs, les rencontres internationales sont les premières à être retransmises fréquemment en direct. Dans l’hexagone, il s’agit de l’opposition entre la France et l’Allemagne en 1952 avec une victoire des tricolores a la clé, 3-1. Pourtant, ce n’est pas le premier match retransmis en direct de l’histoire. La première rencontre diffusée en intégralité fut la finale de la Coupe de France de 1952 opposant l’OGC Nice et les Girondins de Bordeaux (5-3). Mais les présidents des différents clubs du groupement sont unanimes, ils voient d’un très mauvais œil la télévision, qui est soupçonnée de vider les stades. Il n’est donc pas question de retransmettre un match de championnat. En effet, à cette époque, tous les matchs se jouaient en même temps, en l’occurrence le dimanche après-midi. Par conséquent la diffusion en direct d’un match de football entrerait en confrontation directe avec les autres matchs de la journée. Cela influerait alors sur les affluences des stades, donc des recettes.

Pour entériner cette décision, en 1954, par décret, la Fédération française de football interdit les retransmissions en direct des matchs du championnat de France. En guise de contre-attaque, l’unique chaîne de télévision française, la RTF (Radiodiffusion-télévision français), refusera de communiquer les résultats à l’antenne. L’opposition entre football et télévision durera deux ans, jusqu’à ce qu’un accord financier soit trouvé. Par conséquent, le 29 décembre 1956, une caméra mobile est déployée sur les abords de la pelouse du stade vélodrome Auguste-Delaune ainsi que trois autres dans les tribunes pour y retransmettre pour la première fois une rencontre de championnat de France de football. Pour ne pas concurrencer les autres matchs de la journée, la confrontation entre Rémois et Messins est avancée d’une journée. De plus, la RTF s’engage à payer au Stade de Reims la différence entre la recette des billets vendus ce jour-là et la moyenne de la saison.

Le Stade de Reims, en short noir, est opposé au FC Metz devant les caméras de la RTF. (L’Équipe)

Les commentaires du match sont assurés par Georges de Caunes installé au bord de piste. La réalisation est confiée à Pierre Sabbagh qui se trouve dans un car régi garé à l’extérieur du stade. Face à une rencontre avec peu d’intérêt sportif, le vélodrome est alors quasi-désert, seulement 2.406 spectateurs ont fait le déplacement. C’est la pire affluence de la saison, bien en deçà de la moyenne de la saison qui s’élevât a 7.351 spectateurs. En revanche, c’est mieux que le nombre total de foyers équipés de téléviseur dans le département de la Marne (2.357). Mais il n’est pas possible de savoir l’audience globale du match, la France comptant en cette fin d’année 1956, 442.433 téléviseurs.

Sur une petite estrade installée au bord de la piste du vélodrome, micro dans une main, L’Équipe dans l’autre, Georges de Caunes est aux commentaires. (L’Équipe)

En plus des 550.000 francs de recette liée à la billetterie, le Stade de Reims se voit versé 1.500.000 francs par l’ORTF. Cette somme est énorme pour une telle affiche. En effet, six mois plus tôt, elle avait déboursé deux millions de francs pour retransmettre la finale de la Coupe des clubs champions européens opposant le Stade de Reims au Real Madrid. À cette époque, il n’est donc pas encore question de gagner de l’argent par le biais de l’argent de la télévision. Le jeu est plutôt de ne pas en perdre et de jouer devant des spectateurs.

Stade de Reims – FC Metz : 2-1
29.12.1956; Championnat de Division 1 (Journée 18) – Stade Auguste Delaune, à Reims. 2.406 sp. Arb : Devillers.
Stade de Reims : Jacquet – Cicci, Jonquet, Giraudo – Penverne, Leblond – Hidalgo, Glovacki, Fontaine, Bliard, Vincent – Entr. Batteux
Football Club de Metz : Corazza – Fuchs, Dosdat, Burda – Kryzlak, Sbroglia – Kuhnapfel, Acosta, Hess, Grabkowiak, Rongoni – Entr. Favre
Buts : 47′ Hess 0-1, 69′ Hidalgo 1-1, 83′ Bliard 2-1

Du côté sportif, le RC Lens se plaint de cette programmation puisque les Rémois qu’ils doivent rencontrer le 1er janvier auront alors une journée de repos supplémentaire. Pour la petite histoire, les Rémois gagneront, 3 à 2. Quant au match du jour, le Stade de Reims, l’emporte difficilement face à de valeureux Messins, peut-être avaient-ils étés galvanisés par les caméras ? En effet, le Stade de Reims est dans un premier temps mené par la lanterne rouge. Après l’égalisation de Michel Hidalgo, il faudra attendre la toute fin du match pour que René Bliard marque le but victorieux.

L’équipe rémoise alignée ce jour-là, de g. à dr., debout : Cicci, Penverne, Jonquet, Jacquet, Leblond, Giraudo; accroupis : Hidalgo, Glovacki, Fontaine, Bliard, Vincent. (Collection particulière)

Aujourd’hui, il ne reste, hélas, plus que quelques minutes de vidéo muette de ce match qui sont visibles sur le site de l’INA. Jugés trop chers, quelques rares matchs de championnat seront alors diffusés les saisons suivantes. Pour commencer à voir fréquemment des résumés de matchs de plusieurs minutes il faudra attendre 1977 avec la création de Télé Foot 1 (Téléfoot). En 1984, Canal+ diffusera son premier match en direct, un certain Nantes-Monaco. Mais il faudra encore quelques années de patience pour vivre l’intégralité des journées de championnat en direct à la télévision. Cela fut mis en place en 1992 avec la mise en place du désormais très célèbre multiplex de Canal+.

Ci-dessous la liste des 17 matchs du Stade de Reims disputé à domicile en championnat lors de la saison 1956-57 suivis de l’affluence et de la recette (en francs) du match :

  1. OGC Nice (2ème journée) : 7.708 sp., 2.008.505 F.
  2. AS Monaco (3ème journée) : 10.352 sp, 2.060.300 F.
  3. Nîmes Olympique (5ème journée) : 6.775 sp., 1.680.680 F.
  4. AS Saint-Etienne (7ème journée) : 15.318 sp., 3.930.395 F.
  5. FC Nancy (9ème journée) : 7.019 sp., 1.927.810 F.
  6. Olympique de Marseille (10ème journée) : 7.232 sp., 1.779.420 F.
  7. US Valenciennes-Anzin (12ème journée) : 3.710 sp., 930.735 F.
  8. Stade Rennais UC (14ème journée) : 5.283 sp., 1.176.720 F.
  9. RC Paris (15ème journée) : 10.355 sp., 2.855.660 F.
  10. FC Metz (18ème journée) : 2.406 sp., 553.150 F.
  11. RC Lens (19ème journée) : 4.292 sp., 1.356.950 F.
  12. FC Sochaux (21ème journée) : 6.088 sp., 1.636.155 F.
  13. FC Toulouse (24ème journée) :  9.738 sp., 2.819.380 F.
  14. RC Strasbourg (27ème journée) : 6.648 sp., 1.974.435 F.
  15. UA Sedan-Torcy (29ème journée) : 12.360 sp., 3.771.190 F.
  16. Angers SCO (32ème journée) : 5.116 sp., 1.349.052 F.
  17. Olympique Lyonnais (34ème journée) : 4.573 sp., 1.206.940 F.

TR (@ArchivesSDR)

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